Le ZOO HUMAIN

Assis dans ce restaurant du Green Turtle Club dans l’île de Green Turtle Cay près de l’île d’Abaco dans l’archipel des Bahamas, j’observe, comme je le fais toujours dans les aéroports, l’humain circuler, saisi comme d’habitude par la diversité de cette espèce.

Je ne peux m’empêcher à chaque fois de laisser remonter en moi une expérience singulière, lorsque allongé dans l’herbe je réalisai que, vu de près, tous ces brins d’herbe étaient différents.

La distance est un élément très important de l’espace. Mais, que ce soit sur les plans de la Physique et de toutes les physiques imaginables ou inimaginables, de la Conscience, humaine ou non, de la Vie dans ses phases d’évolution, de la latence de l’être à son existence accomplie; l’accomplissement linéaire ou binaire ou même en spirale n’exprime en aucun cas la Réalité du réel.

Car expliquer la Vie comme s’attache l’humain à le faire depuis toujours ressemble à l’activité de ces jeunes enfants clôturés dans leur parc à jouets.
Eux, découvrent le monde avec une appréhension sensorielle pur; tandis que plus vieux, le parc dans lequel ils jouent, n’a plus la matérialité du bois noble qui limite l’exploration des enfants à leur jouets.

Mais ce qui est fascinant c’est de voir qu’adulte, l’humain est toujours dans son parc. Celui-ci a certes changé de forme et de texture et il porte toutes sortes de noms, mais il est devenu une boîte dans laquelle l’humain est alors privé de l’espace hors parc qui rend l’expérience de l’enfant si belle et si passionnante. Car le corps de l’enfant se sent lui-même et l’enfant jouis de cette sensorialité d’autant plus que le couvercle de la boîte n’est pas encore formé. Quand il lève les yeux l’espace dont il vient est encore ouvert : c’est la fontanelle de son existence.

Le drame de cette humanité c’est de s’être persuadé qu’il valait mieux inventer sa provenance plutôt que de la vivre. Et pourtant, quand je les observe je vois clairement se manifester le flux de vie qu’ils ont tous en commun : fleuve, rivière, ruisseau, torrent, source ; je vois ce flux aborder leurs corps sclérosés, réels ou imaginés, essayer de se frayer un chemin, contournant les écueils que lui oppose la marionnette de bois qu’ils ont construit durant toute leur vie, souvent sans en avoir eu conscience.

Il y a une beauté certaine à voir l’eau en action, à sentir sa souplesse, sa forme et sa non-forme. À découvrir sa force respectable. Et surtout de savoir par expérience concrète qu’elle peut avoir raison de toute résistance tant qu’elle existe.
Mais il n’y a pas pour elle de temps chronologique ni de forme définie. C’est ce qui fait sa force et sa faiblesse apparente.

Je vois cette Vie sortir par les orbites de leurs yeux, se glisser dans un de leurs sourires, apparaître dans un de leurs mouvements, transmuter l’espace d’un instant le carcan de leur boîte, faire fondre même le souvenir inconscient de leur parc à jouer d’enfant, en lumière et en joie si pures qu’il m’est alors impossible de remettre en question la merveilleuse phrase de Rainer Maria Rilke : « La vie n’est que le rêve d’un rêve c’est autre part qu’on est éveillé ». Que ce soit le rêve ou le cauchemar d’un rêve, c’est bien ailleurs que se trouve « la Vraie Vie ».

Et le cœur des enfants s’émerveilla

Devant la neige légère déposée sur leurs cils

Du froid sec crissant sous leurs pas

Et des flocons blancs dansant sur un fil

La pureté de l’air

Les rendait flottants

Inondés de lumière

Ils avaient le cœur content

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Le temps passe

Et la Vie demeure,

Les pensées se lassent

Et s’éveille le cœur,

Dans ce grand espace

De la Conscience c’est l’heure

Dans ce silence verdoyant

Que nul ne peut sonder,

Des oiseaux s’élève le chant

Comme nous passager :

Dans le bruissement du vent

Je me laisse aller…

____________

Le poète s’étonne

De la chute du vers,

C’est le silence qui tonne

Et foudroie le papier,

La plume court comme l’éclair

Devant lui médusé.

Sa présence futile,

Étonnement ravi,

Tisse un lien servile,

Lui donne un repos,

Un instant de Vraie Vie,

La grâce d’un dépôt.

Sans mémoire, sans espoir,

Il glisse dans le temps;

Libre, comme le soleil d’un soir

Dans sa course si ardente;

Et l’espace d’un instant

Il devient son amant

Ah! Poésie de la vie

Qui sans cesse nous séduit

Que de morts dans nos vies

Abreuvent tes envies

Car c’est de nos nuits

Que nait ton infini.

Hervé

Copyright © 2014 HSM

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